Le retour du loup en Meuse

 Le retour du loup en Meuse - Note de positionnement – Octobre 2014

Elevage en plaine ou loup : pourquoi choisir ?

 

La présence du loup en Meuse, un sujet complexe et sensible

Le loup est revenu naturellement dans notre pays il y a plus de 20 ans, à partir d’une population située en Italie. Depuis la première observation de l’espèce en France en 1992, l’aire de répartition du loup s’est développée essentiellement depuis l’arc alpin du sud vers le nord. Le processus de retour du loup recense de nombreux cas d’individus traversant de vastes espaces inoccupés par l’espèce pour se fixer dans de nouvelles régions.


La présence du loup fut avérée dans le Massif vosgien à partir de 2011 avant que l’on ne soupçonne son arrivée dans le centre du département de la Meuse à l’automne 2013.


Sa présence en Meuse et les premiers cas d’attaque de troupeaux ovins dans les plaines ont engendré des réactions vives de la part de la profession agricole. Il est vrai, qu'au delà du côté sensationnel, sa présence réveille en nous des peurs ancestrales alimentées depuis toujours par la littérature et, en ce moment, par les images d’animaux ensanglantés et éventrés.Pour autant le loup n’est pas dangereux pour l’homme.


Dans ce contexte, une réaction « à chaud » de nos associations suite à la diffusion de plusieurs communiqués de presse, articles et reportages n’a pas été jugée opportune afin de ne pas entrer dans un débat stérile. Le loup est un animal complexe et sa présence en Meuse, dans une zone de plaine qui plus est, est une première nationale qui demande une certaine réflexion.

 

Le loup : une espèce protégée

Le loup est protégé au niveau international par la Convention de Berne du 19 septembre 1979 (ratifiée par la France le 26 avril 1990), au niveau communautaire par la Directive « Habitats » du 21 mai 1992, et au niveau national par l'arrêté ministériel du 22 juillet 1993 (désormais par l'arrêté ministériel du 23 avril 2007). A titre dérogatoire, les deux arrêtés ministériels du 30 juin 2014 définissent un cadre bien précis pour autoriser les tirs de prélèvement (abattage) du loup si aucun autre moyen de protection n’est efficace. Dans ce sens, nos associations n’hésiteront pas un instant à aller au contentieux si le loup devait être abattu illégalement comme en atteste notre récent recours contre l’arrêté préfectoral du 28 août 2014 autorisant les tirs de prélèvements sur 9 communes meusiennes

[1]

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Les éleveurs en première ligne

L’élevage en Meuse est une activité agricole incontournable et source d’emplois. L’activité ovine contribue pleinement à la diversité des activités agricoles et à la diversité de nos paysages. Ces pratiques permettent la préservation d'espèces et d'habitats et contribuent au maintien d'une biodiversité spécifique dans les prairies pâturées et non retournées.


Nos associations comprennent pleinement le désarroi et le traumatisme des éleveurs face à la présence du loup dans le département qui apparaît comme une difficulté supplémentaire immédiate en plus de celles auxquelles ils sont déjà confrontés.


Si la préservation des conditions de travail et de vie des éleveurs est un objectif incontournable, la protection du loup comme celles d’autres espèces est également un impératif d’intérêt général inscrit dans les règles de droit national, communautaire et international. On ne peut pas sacrifier l’un à l’autre.

 


Le loup, un bouc-émissaire ?

Les difficultés de la filière ovine ne peuvent justifier que le « dossier loup » soit principalement conduit sous la pression de lobbies agricoles ou politiques. Le loup ne doit pas être instrumentalisé et être tenu pour responsable de la situation préoccupante de l’élevage ovin en Meuse. Ne cédons pas au raccourci qui consiste à dire : « c’est soit l’élevage, soit le loup ! ».

On compte en Meuse près de 22 245 brebis[2]. Fin septembre 2014, on dénombre 47 attaques du loup dans le département depuis octobre 2013 tuant près de 100 ovins... Le total des pertes attribuées au loup depuis près d’un an est donc de 0,45 % du cheptel meusien. Il est vrai que les attaques sont spectaculaires et concentrées sur une zone restreinte mais ce chiffre est à comparer à la mortalité hors loup du cheptel ovin qui est infiniment supérieure : maladies, parasitismes, chiens errants… Selon les études, les chiens errants ou divagants seraient responsables de prédations annuelles pouvant atteindre jusqu’à 5 % des effectifs présents en France ![3]


 

Eradiquer le loup en Meuse : une réponse inadaptée

D’une manière générale, nos associations dénoncent la politique des pouvoirs publics dont la stratégie en réponse à la présence du loup vise la destruction des individus plutôt que la protection des troupeaux. Elles rappellent que la possibilité de destruction d’individus au niveau national est une dérogation à la protection de l’espèce et qu’il est inconcevable d’abattre le loup, surtout en zone de reconquête de territoire !

Un seul loup a été recensée officiellement en Centre Meuse. Abattre ce loup apparaîtrait comme un repli dans la facilité et un aveu d’impuissance de notre pays à s’adapter aux situations nouvelles, alors même que des solutions alternatives existent. Sommes-nous vraiment incapables de nous adapter à la réapparition naturelle d’un animal qui avait disparu de notre territoire de par nos activités ?

Par ailleurs, un loup abattu laissera derrière lui un espace disponible et adapté à la vie d’un autre loup en recherche de territoire laissé vacant.



Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités 

L’Etat n’a pas su anticiper le retour du loup en plaine annoncé depuis des années. Il incombe maintenant aux pouvoirs publics et aux différentes parties prenantes de faire concilier sur un même territoire les intérêts économiques et les objectifs environnementaux, le court terme et le long terme. On ne peut pas proclamer que toute cohabitation entre le loup et l’élevage ovin en Meuse est impossible avant d’avoir tout fait pour que cela devienne possible. Pastoralisme et écosystèmes naturels équilibrés ne sont pas incompatibles : nos associations ne veulent pas d’une Meuse sans éleveurs ni brebis. Elles ne veulent pas non plus la destruction du loup !


Des mesures d’effarouchement et de défense contre le loup existent et n’ont pas encore été mises en place efficacement dans les plaines meusiennes : regroupement des troupeaux, clôtures électriques adéquates, aides-bergers, chiens de protection, etc. Dans le Centre Meusien, un des foyers d’attaque du loup, quelques moyens de protection ont été mis en place autour des troupeaux (filets de protection) mais ils restent nettement insuffisants (voire absents) : grillages à moutons, fils non électrifiés, aucune présence de chien ou d’âne, clôtures avec de simples barbelés…


L’Etat doit prendre en charge sans délai les dépenses liées à la protection des troupeaux. Les crédits d’urgence débloqués en Meuse (60 000 euros au total pour le moment) ont le mérite d’exister mais apparaissent bien insuffisants pour soutenir efficacement les éleveurs impactés par le loup. Il en est de même pour les indemnités versées aux éleveurs suite aux attaques du loup qui ne couvrent pas totalement les pertes indirectes liées au traumatisme du troupeau.


Nos associations demandent donc la poursuite et l’accentuation du soutien à la mise en œuvre des mesures de protection, mais aussi de nouvelles expérimentations pour une coexistence entre l’élevage de plaine et la présence du loup, l'élevage ovin en Meuse ayant la particularité de se composer de petits troupeaux sur des petites parcelles, contrairement à ce qui se fait dans les Alpes (« gros » troupeaux sur de grandes étendues). Des mesures inadaptées dans les montagnes peuvent ici s’avérer efficaces, et d’autres sont à inventer et à expérimenter.


 

L’exemple des Vosges : un loup en apprentissage

Le loup est un animal opportuniste. Lorsqu’il arrive dans un nouveau territoire (généralement il s’agit d’un jeune loup détaché d’une meute) les ovins apparaissent immédiatement comme des proies faciles d’accès car non protégées. La mise en place efficace des moyens de protection et de défense des troupeaux incitera le loup à se tourner de plus en plus vers la faune sauvage pour se nourrir toute l’année.

En ce sens, l’exemple des Vosges est parlant.


  • Au niveau de la plaine :

Présent dans le massif vosgien depuis 2011, les premières attaques du loup en plaine ont démarré en 2012 où l’on a dénombré durant l’année 55 attaques pour 127 victimes. En 2013, on comptabilisait 40 attaques pour 72 victimes soit une diminution des attaques en plaine en une année de plus de  27 % pour 43 % de victimes en moins ! Cette diminution des attaques sur troupeaux en plaine se poursuit sur les 6 premiers mois de 2014 avec 11 attaques recensées contre 25 attaques attribuées au loup en 2013 sur la même période…


  • Au niveau du massif :

Les attaques sur troupeaux et les victimes attribuées au loup dans le massif vosgien ont diminué respectivement de 66,7 % et de 76,3 % en l’espace de 2 ans ! 45 attaques (110 victimes) ont été recensées dans le massif en 2011 contre 15 attaques (26 victimes) en 2013. Cette tendance à la baisse se poursuit en 2014 [4] alors même que la population de loup présente dans le massif Vosgien est passée de 1 à, au moins, 4 individus sur ces trois dernières années ! Cela prouve que le nombre d'attaques sur les troupeaux n'est pas proportionnel au nombre de loup, et que les mesures de protection s’avèrent efficaces, même si elles n’empêchent pas toute attaque.


Si cela fonctionne dans les Vosges avec les contraintes liées au relief et au climat, alors pourquoi pas en Meuse ?


 

Le loup, un grand prédateur qui a un rôle à jouer

Le loup, prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, contribue à restaurer la qualité des écosystèmes en limitant les populations d'ongulés. Il est le signe d’une remontée biologique encourageante pour tous ceux qui ne se résignent pas à voir leur environnement s’appauvrir, s’enlaidir et se banaliser. Un pays où une nouvelle espèce sauvage peut vivre est un pays plus riche pour les humains qui l’habitent, car la vie n’est pas que gestion, aménagement et régulation.


Le loup instaure un équilibre entre les populations de ses proies et leur milieu. En régulant les ongulés sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers dans une moindre mesure…), il limite la dégradation de la flore et des arbres et limite les risques d’épuisement des ressources, ce qui est positif pour la bonne santé de nos forêts [5]

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Grand prédateur, le loup est un régulateur indispensable en Meuse où la multiplication des effectifs d’ongulés sauvages depuis 20 ans [6] pose d’importants problèmes aux forestiers et agriculteurs !


 

Place au dialogue

Face à la présence du loup en Meuse, il est important qu’un échange ouvert et constructif puisse se tenir entre les éleveurs directement concernés, les représentants du monde agricole, les représentants de la forêt et de la faune sauvage, les associations de protection de la nature et de l’environnement et les instances publiques. En ce sens, le Comité départemental « Loup » doit rester un espace réel de concertation, de suivi et de mise en relation.

Par ailleurs, nos associations souhaitent ouvrir le dialogue. Nous avons ainsi commencé à rencontrer les éleveurs ovins afin d’échanger sur les difficultés à l'installation des moyens et mesures de protection efficaces des troupeaux et sur le rôle que nous pourrions jouer pour faciliter leur mise en œuvre dans un objectif de cohabitation avec le loup.


 

Pour télécharger la note au format pdf : 

http://mirabel-lne.asso.fr/f/LeRetourDuLoupEnMeuse_NoteDePositionnement_...

 
 
 



[1]

http://mirabel-lne.asso.fr/loup_refere - Recours porté par MIRABEL-LNE / FNE / LPO / ASPAS / FERUS / ONE VOICE

[2]

Source : Etude de Vulnérabilité à la prédation par le loup - Chambre d’Agriculture Meuse

[4]

Source : comité de suivi des grands carnivores loup-lynx – réunion du 3 juillet 2014 - Epinal

[5]

Source : Bienvenue au loup et au lynx - La Société forestière suisse (SFS) salue la présence du lynx et du loup en Suisse – juillet 2012

[6]

cf. évolution des plans de chasse en Meuse : Cerf : environ 200 individus en 2000 => env. 400 en 2011 / Chevreuil : env. 2500 individus en 2000 => env. 11 000 en 2011 / Sanglier : env. 1000 individus en 1980 => env. 11 000 en 2011

Fichier(s): 
Thématique environnementale: 

Loup en plaine : fiches techniques - Quelles mesures de protection contre la prédation ?


Loup en plaine : fiches techniques

Quelles mesures de protection contre la prédation ?



Dans une perspective de cohabitation entre le loup et l’homme, il est essentiel d’assurer au monde de l’élevage un accompagnement technique (en plus de l’accompagnement financier et humain) pour envisager la mise en œuvre d’une protection efficace des troupeaux contre la prédation. 
Les fiches de synthèse présentées dans ce dossier visent à donner une première information objective à toute personne souhaitant se renseigner sur les moyens de protection contre la prédation.


Cette première version résulte de recherches et de discussions avec des professionnels (entreprises de matériels et d’élevages). Les prix affichés pour l’ensemble des protections sont indicatifs et basés sur des devis réalisés auprès d’entreprises spécialisées. Les prix peuvent varier en fonction des fournisseurs et des types de matériaux utilisés. 
Chaque fiche présente un court descriptif de la protection, ses avantages et ses inconvénients, sa mise en œuvre ainsi que son coût. Certaines de ces fiches de synthèses seront complétées dans les versions ultérieures après des expérimentations concrètes sur des zones de prédation. 

Pour faciliter et trier les connaissances sur les différents types de protections existantes, ce dossier est structuré en quatre grandes parties :
- Les protections permanentes 
- Les protections temporaires 
- Les protections intérieures 
- Les protection d’urgence 

Ces fiches de synthèse présentent plusieurs possibilités de protections pouvant être mises en œuvre pour la protection des troupeaux contre la prédation en plaine. Les combinaisons sont multiples. Pour la plupart, leur mise en œuvre dépendra principalement de l’aide (financière et technique) attribué par les services de l’Etat pour la protection des troupeaux contre la prédation.

 

 

 

 

 

 

Dossier complet : protection des troupeaux contre la prédation (7 Mo)

 

 

 

 


Préambule du dossier (2 Mo) 
P1- Clôture à grillage de 2 mètres de haut (3 Mo) 
P2- Clôture à grillage d'1m60 de haut avec couronne électrique sur le dessus (1 Mo) 
P3- Clôture à grillage de 80 cm de haut max avec 3 à 4 fils électriques sur le dessus (1 Mo)
P4- Clôture à 5 fils électriques (1 Mo) 
P5- Renforcement de la clôture par 1 ou plusieurs fils électriques (1 Mo) 
P6- La haie défensive (3 Mo)
P7- Le filet électrique (1 Mo) 
P8- Clôture mobile à 4 ou 5 fils électriques (1 Mo) 
P9- Clôture semi-mobile à 4 ou 5 fils électriques (1 Mo) 
Conclusion protections permanentes et temporaires.pdf (547 Ko)
P10- Le chien de protection (6 Mo) 
P11- L'âne gardien (5 Mo) 
P12- L'aide berger (1 Mo)
Conclusion protections intérieures (547 Ko) 
P13- Le fladry et le turbo fladry (1 Mo) 
P14- La biofence (double barrière olfactive (1 Mo) 
P15- Les foxlights (1 Mo) 
P16- Les autres protections d'urgence 
Conclusion sur les mesures de protection d'urgence (1 Mo)

 



 

Annulation de l’abattage d’un loup dans la Meuse

Communiqué de presse

 

 

Mercredi 18 mars 2015

 

FNE, la LPO et Mirabel-Lorraine Nature Environnement obtiennent

 

l’annulation de l’abattage d’un loup dans la Meuse

Téléchargez ce communiqué au format pdf

 

 

 

Dans un jugement au fond en date du 10 mars 2015, le tribunal administratif de Nancy a annulé l’arrêté du préfet de la Meuse du 28 août 2014 qui autorisait le « tir de prélèvement » d’un loup.

 

 

Le juge a estimé que la mise en œuvre des tirs de défense avait déjà permis de réduire significativement la fréquence de prédation du loup sur les troupeaux de 3 éleveurs. Le juge a également noté qu’un des éleveurs ne pouvait justifier avoir effectivement poursuivi les tirs de défense après le 14 juin alors même qu’il a subi des attaques au mois de juillet et d’août et que les dégâts ne pouvaient être considérés comme importants, (4% de son cheptel), condition indispensable pour justifier le prélèvement du loup, espèce protégée par ailleurs. Enfin, il est à noter que le juge a retenu que le Préfet n’a pas justifié ne pas être en mesure de prendre des mesures alternatives plus appropriées aux tirs de prélèvement.

 

 

Déjà le 15 septembre 2014, le tribunal de Nancy avait ordonné la suspension de cet arrêté préfectoral laissant supposer son illégalité…

 

 

FNE, la LPO et Mirabel-Lorraine Nature Environnement se félicitent de cette décision qui, comme dans le Var, montre une fois encore que le cadre réglementaire autorisant la régulation motivée et exceptionnelle des animaux protégés n’est malheureusement pas toujours respecté par les Préfets. Les associations attendent à présent de la part de l’État un bilan des tirs de prélèvement mis en œuvre la saison passée sur tout le territoire national et de leur efficacité quant à la protection des troupeaux, ainsi que le bilan de l’expérimentation qui donne aux chasseurs la possibilité d’abattre le loup dans le cadre de chasses en battues ordinaires.

 

 

Autant nos associations se sont montrées responsables dans la recherche de solutions, et reconnaissent la contrainte supplémentaire subie par certains éleveurs, autant elles dénoncent les solutions de facilité qui consistent à tuer des loups, espèce protégée, sans avoir mis préalablement tous les moyens en œuvre pour protéger légitimement les troupeaux.

 

 

Contacts presse :

- Maître Mathieu VICTORIA : 06 64 90 13 13

- Jean-David ABEL – FNE : 06 77 04 23 30

- Carine BREMOND – LPO : 06 34 12 50 69

- Nicolas CORREA – MIRABEL-LNE : 09 81 98 30 17



Pour aller plus loin :

Lire la note de positionnement interassociative : Le retour du loup en Meuse - Note de positionnement – Octobre 2014 : Elevage en plaine ou loup : pourquoi choisir ?

 

Meuse

Les tirs du loup dans la Meuse sont suspendus par la Justice


Communiqué de presse

Mardi 16 septembre 2014

Les tirs du loup dans la Meuse sont suspendus par la Justice

 

Le juge des référés du Tribunal administratif de Nancy a suspendu lundi 15 septembre 2014 l’arrêté préfectoral du  28 août 2014 autorisant le tir de prélèvement d’un loup dans la Meuse.

 

France Nature Environnement (FNE), la Ligue pour la protection des Oiseaux (LPO) et le MIRABEL Lorraine Nature Environnement (MIRABEL-LNE) avaient saisi le juge des référés le 9 septembre estimant que les conditions prévues pour autoriser un tir de prélèvement du loup dans ce département n’étaient pas réunies.


Le juge dans sa décision du 15 septembre a retenu les arguments associatifs pour suspendre l’arrêté de la préfète de la Meuse, à savoir :

- qu’il n’était pas constaté une récurrence des dégâts d’une année sur l’autre

- que les tirs de défense s’étaient montrés efficaces sur l’ensemble des élevages qui en ont bénéficié, à l’exception d’un seul troupeau, lequel n’a pas subi de dommages importants (au sens de la loi), et que les mesures de protection n’avaient pas complètement été mises en place,

- que les difficultés financières des éleveurs ne justifient pas le tir de prélèvement d’un loup.

 

FNE, la LPO et MIRABEL-LNE se félicitent de cette décision qui rappelle que des dommages importants et exceptionnels doivent être constatés malgré le déploiement des mesures de protection pour pouvoir autoriser des tirs de prélèvement.

 

FNE, la LPO et MIRABEL-LNE espèrent que l’État saura en tirer une leçon et ne cèdera plus aux pressions des lobbies visant à passer outre le respect des conditions réglementaires qu’il a lui même édictées concernant les conditions dérogatoires à la protection du loup.

 

FNE, la LPO et l’association lozérienne de protection de l’environnement ont déposé vendredi 12 septembre un recours similaire contre l’arrêté préfectoral du 29 août 2014 autorisant le tir de prélèvement d’un loup en Lozère, estimant que là aussi, toutes les conditions nécessaires pour autoriser un abattage ne sont pas remplies.

 

Comme ces deux départements, dix-huit autres pourraient être concernés par des arrêtés préfectoraux contestables autorisant le tir des loups et donc susceptibles d’actions en justice des associations de protection de l’environnement


Contact presse : 

Nicolas CORREA, juriste de MIRABEL-LNE : 09.81.98.30.17

 

 

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Voir aussi le communiqué de presse de ASPAS / FERUS / ONE VOICE : 

La justice stoppe les tirs de loup en Meuse

 

 

 

Photo : Les associations en discussion à la sortie de l'audience :

 

 

Meuse
Date: 
Mardi, 16 Septembre, 2014 (Jour entier)

La réponse du berger à la bergère !


La réponse du berger à la bergère !


Octobre 2014, depuis 1 an le loup a fait officiellement son retour dans les plaines de Meuse. Le retour du loup en plaine, une première nationale, qui fait les choux gras des médias locaux (la saga de l'été !) et des syndicats de la profession agricole qui ont là l'opportunité d'avoir une tribune. Une tribune qui ne nous est pas ouverte... Il est vrai que ce retour naturel a impacté fortement les troupeaux des éleveurs ovins du Centre meusien. Nos associations ont pleinement pris la mesure du desarroi et du traumatisme subit par les éleveurs face à la presence du loup dans le département qui apparaît comme une difficulté supplémentaire immédiate en plus de celles auxquelles ils sont déjà confrontés.

(Voir notre note de positionnement : http://mirabel-lne.asso.fr/content/loup)


C'est pourquoi, nous avons souhaité ouvrir le dialogue en commançant à rencontrer les représentants de la profession agricole et les éleveurs ovins afin d'échanger sur leurs problèmes, sur les mesures de protection des troupeaux et sur le rôle que nous pourrions jouer pour faciliter leurs mises en oeuvre dans un objectif de cohabitation avec le loup. C'est donc dans un contexte local tendu, qu'une rencontre devait avoir lieu entre Meuse Nature Environnement (MNE) et la FDSEA 55. Afin d'apaiser les tensions et d'assainir les bases constructives du dialogue, la FDSEA 55 a jugé utile de transmettre devant la presse à MNE et MIRABEL-LNE, en amont de la rencontre, une facture à régler concernant le coût de la présence du loup en Meuse depuis 1 an. Malgré cette expédition médiatique, qui se voulait constructive (!), et l'obstination de la FDSEA 55 à vouloir fixer les modalités de la rencontre selon ses conditions, MNE a proposé un report de la réunion, refusé par la FDSEA 55, avant de couper court à tout échange. Depuis, MNE consacre son temps au fond du dossier.


L'histoire aurait pu en rester là mais ce n'était apparemment pas du goût de La GRAINE, un récent collectif d'habitant(e)s révolté(e)s du sud meusien, qui a jugé nécessaire et utile de s'intéresser à cette facture en comparant le coût présumé de la présence du loup en Meuse depuis 1 an et le coût des principales pollutions agricoles de l'eau en Meuse sur une année ! 


Est-ce que les représentants majoritaires de la profession agricole en Meuse étaient bien placés pour adresser cette facture à des associations qui représentent l'intérêt général et les citoyens (contribuables) ? pas si sûr...


A noter que La Graine a fait cadeau du coût du personnel administratif...


Contribution Mirabel-LNE / MNE à la consultation du public sur les tirs de prélèvements

 

Réponse au projet d’arrêté fixant le nombre maximum de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2015-2016.


19 Juin 2015

 

Voici quelques raisons qui font rejeter une augmentation des tirs de prélèvements :


1)        Les associations rencontrent et travaillent avec les éleveurs

Nos associations comprennent pleinement le désarroi et le traumatisme des éleveurs face à la présence du loup dans le département qui apparaît comme une difficulté supplémentaire immédiate en plus de celles auxquelles ils sont déjà confrontés.

Face à la présence du loup en Meuse depuis octobre 2013, nous avons rencontré plusieurs éleveurs ovins pour réaliser des diagnostics de leur exploitation. Nous leur avons proposé divers moyens de protection des troupeaux contre la prédation et des expérimentations adaptées au contexte de la plaine sont en cours.

Les tirs de destruction des loups vont clairement à l’encontre de nos missions qui devraient être davantage soutenues par l’Etat !


2)        Quid des données "loup non-exclu"

Les chiffres des attaques sur les troupeaux domestiques avancés par l’ONCFS englobent de manière non distincte les attaques certifiées clairement loup et loup « non-exclu » (chien divaguant).

Quelle est la part réelle des attaques du loup sur les troupeaux domestiques ?


3)        Rappelons que Canis lupus est une espèce protégée et que la population est en régression ou au mieux stable

Le loup est protégé au niveau international par la Convention de Berne du 19 septembre 1979 (ratifiée par la France le 26 avril 1990), au niveau communautaire par la Directive « Habitats » du 21 mai 1992, et au niveau national par l'arrêté ministériel du 22 juillet 1993 (désormais par l'arrêté ministériel du 23 avril 2007). A titre dérogatoire, les deux arrêtés ministériels du 30 juin 2014 définissent un cadre bien précis pour autoriser les tirs de prélèvement du loup si aucun autre moyen de protection n’est efficace.

Depuis le retour du loup en France en 1992, l’accroissement moyen de la population a été de 19 % par an (ONCFS, 2014). En 2014, le projet d’arrêté autorisait 24 tirs de loups avec la possibilité de 12 loups supplémentaires dans une population constituée d’environ 301 individus (fourchette 221-381).

Les données de l'ONCFS de mai 2015 donnent une estimation de 282 individus (fourchette 206-358). Pourquoi augmenter les tirs des loups cette année (+50% !) alors que la population estimée est moins forte que l’année précédente et que le « quota » fixé l’an dernier n’a pas été atteint, ni même approché !?

20 ans après le retour du loup, le seul noyau reproducteur est situé dans les Alpes. L’unique couple reproducteur des Vosges ne constitue pas quant à lui un noyau de population. Alors que des loups sont signalés dans le massif Central et les Pyrénées depuis les années 1990, aucune reproduction n’y a jamais été détectée.

Par comparaison, l’Allemagne, où le retour du loup date de 2000, compte 31 meutes contre seulement 29 meutes en France depuis son retour en 1992. Cette différence témoigne de la difficulté de la France à préserver le loup.

En Meuse, territoire de plaine sur le front de colonisation, deux individus ont été identifiés en 2013 et 2014 et aucun ne semble encore en vie à l’heure actuelle… alors qu’aucun tir de prélèvement n’a été autorisé.


4)        La forte augmentation des arrêtés d’autorisation de tir des loups vient s’ajouter à une pression de braconnage et aux accidents liés à la circulation routière limitant déjà l’expansion du loup

Sur toile de fond d’une progression spatiale présentée comme un indice de bonne santé de la population, cette position occulte le fait que plus de la moitié de l’aire de répartition du loup présente des densités faibles voire seulement des individus isolés. Il est normal qu’il y ait de vastes zones où les densités de loups sont faibles, mais il n’est pas normal qu’il n’y ait pas encore d’autres noyaux de populations reproducteurs en France. Sur le front de colonisation (plaines du Nord-Est), le braconnage est une réalité : loup braconné dans la Marne, « cage à loup » découverte dans la Meuse…


5)        N’importe qui, n’importe où, n’importe quand ?

Ce nouvel arrêté va donner un coup d’arrêt à la dispersion de l’espèce en France, alors que le Loup parcours années après années toujours plus de nouveaux secteurs, souvent sans se faire remarquer. L’autorisation très large de tirs de prélèvements va permettre aux chasseurs, piégeurs et agriculteurs de détruire des individus isolés en phase de colonisation, voire même des meutes constituées, quasiment sans contraintes administratives ou matérielles (battues classiques, tirs hors zones de présence permanente, sans la présence d’un agent de l’Etat, etc).


6)        Le loup n’est pas le seul problème de l’élevage, il ne doit pas être un bouc émissaire et les éleveurs ne souhaitent pas tous son éradication  

Les difficultés de la filière ovine ne peuvent justifier que le « dossier loup » soit principalement conduit sous la pression de lobbies agricoles ou politiques. Le loup ne doit pas être instrumentalisé et être tenu pour responsable de la situation préoccupante de l’élevage ovin. La tension au niveau du monde de l’élevage est apaisée par la concertation et la discussion avec les associations de protection de la nature.

Pour certains éleveurs en Meuse, qui connaissent déjà des difficultés financières, les attaques ont un fort impact et découragent. D’autres témoignages sont plus modérés : les indemnisations sont intéressantes mais pas indispensables dans tous les cas, et si le loup est présent mais n’approche pas les brebis, les éleveurs ne sont pas contre sa présence.

D’une manière générale, nos associations dénoncent la politique des pouvoirs publics dont la stratégie en réponse à la présence du loup vise la destruction des individus plutôt que la protection des troupeaux. Or, c’est cela que demandent les éleveurs sur le terrain, un réel soutien technique et financier pour protéger leurs animaux contre les prédations.

Abattre les loups apparaîtrait comme un repli dans la facilité et un aveu d’impuissance de notre pays à s’adapter aux situations nouvelles, alors même que des solutions alternatives existent :

-         

Protections intérieures : aide berger, chien, âne et lamas

-         

Protections extérieures fixes et mobiles : clôture fixe à grillage renforcé de 2 mètres de haut, clôture fixe à 5 fils électriques, clôture fixe à grillage de 60cm de haut + 3 fils électriques sur le dessus, renforcement de la clôture existante, clôture mobile à 5 fils électriques, clôture semi-mobile…

-         

Mesures d’urgence de protection : fladry et turbo-fladry, marquage d’un territoire artificiel d’une meute de loups, fox-lights…

-       Modification de la conduite d’élevage : groupement nocturne des troupeaux, groupement des troupeaux entre les éleveurs pour faciliter la surveillance, rentrer la nuit en bergerie les troupeaux les moins éloignés…

Sommes-nous vraiment incapables de nous adapter à la réapparition naturelle d’un animal qui avait disparu de notre territoire de par nos activités ? Comment font certains pays européens comme l’Espagne  qui ont (beaucoup) de loups et…exportent (beaucoup) de moutons ?

 

7)        La situation en plaine n’est pas la même qu’en montagne

La situation en plaine est sensiblement différente : les parcelles sont plus petites et les troupeaux allotés avec des lots de petite taille (quelques dizaines à quelques centaines d’individus). Le relief permet une protection plus aisée a priori et la mise ne œuvre plus facile de chantier de pose de mesures de protections extérieures. Au niveau protection intérieure, le chien de protection semble inadapté de façon générale sur des fermes où les animaux sont répartis sur plusieurs parcelles. L’âne gardien – animal de protection qui a fait ses preuves dans 70% des cas (Ontario Predator Study) aux Etats Unis ou encore en Suède -  semble plus approprié et des expérimentations sont en phase de démarrer en Lorraine avec l’approbation des éleveurs.


8)        Si les médias relatent les « méfaits » du loup sur les troupeaux, essentiellement ovins, cela ne doit pas faire oublier que ce grand prédateur s’attaque surtout à la faune sauvage

Le loup, prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, contribue à restaurer la qualité des écosystèmes en limitant les populations d'ongulés. Il est le signe d’une remontée biologique encourageante pour tous ceux qui ne se résignent pas à voir leur environnement s’appauvrir, s’enlaidir et se banaliser. Un pays où une nouvelle espèce sauvage peut vivre est un pays plus riche pour les humains qui l’habitent, car la vie n’est pas que gestion, aménagement et régulation.

Le loup instaure un équilibre entre les populations de ses proies et leur milieu. En régulant les ongulés sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers dans une moindre mesure…), il limite la dégradation de la flore et des arbres et limite les risques d’épuisement des ressources, ce qui est positif pour la bonne santé de nos forêts.


9)        La stratégie de l’Etat en réponse à la présence du loup vise la destruction des individus plutôt que la protection des troupeaux

L’investissement pour les mesures de protection et pour la mise en œuvre de nouvelles expérimentations de protection des ovins doit être davantage mis en valeur aujourd’hui plutôt que de céder à l’illusion du bénéfice que peuvent apporter les tirs de prélèvement ! Il ne peut y avoir deux poids deux mesures avec d’une part une politique d’abattage des individus et de l’autre un soutien aux initiatives et expérimentations locales visant la protection des troupeaux.


10)        Un manque de suivis sur le terrain

Le Programme Prédateur Proies (PPP) porté par l’ONCFS qui visait à mieux connaître l’impact quantitatif, mais aussi qualitatif de la prédation « lupine » sur les ongulés sauvages s’est arrêté en 2012. Pourtant il s’avère nécessaire de poursuivre et compléter ce programme pour améliorer la connaissance de l’espèce dans son écosystème afin de mieux adapter notre stratégie face au retour du loup en France.


11)         Les tirs augmentent les attaques des loups sur les troupeaux

L’étude récente de Rob Wielgus et de l’analyste Kaylie Peebles (http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0113505) démontre que le tir dans une meute constituée provoque une désorganisation sociale du groupe. Désorganisation qui renforce les attaques sur les troupeaux domestiques. Exemple dans le département du Var où le nombre d’attaques du loup sur les troupeaux domestiques augmentent alors qu’il s’agit du département où il y a le plus de destruction du loup en France par le biais des tirs de prélèvement.

 

Au vu de ces données, il est logiquement insensé d'autoriser la possibilité de destruction de plus d'individus par rapport à l'année précédente (36 pour cette année contre 24 en 2014). Par conséquence, ce plafond doit être revu à la baisse et favoriser éventuellement les tirs d'effarouchement qui orientent les loups vers la faune sauvage !

 

Pour aller plus loin :

Notre contribution inter-associative sur le retour du loup en Meuse :

http://mirabel-lne.asso.fr/dossier/retour-loup-meuse