Protection de la ressource en eau


Contexte :

 

                       Protection de la ressource en eau :

 

          Les captages AEP et l'agriculture biologique

 

La production d'eau potable est assurée en France par quelque 34 000 captages d'eau à raison de 18,5 millions de m3 par jour dont 63% provient des eaux souterraines. La protection de la ressource constitue un enjeu sanitaire majeur afin d'assurer une production pérenne d'eau potable.

            Au niveau européen, la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) de 2000 impose à tous les états membres l’atteinte d’ici 2015 du bon état du milieu, le respect des normes d’eau potable (< 50mg/L pour les nitrates, < 0,1µg/L pour les pesticides, <0,5µg/L pour la somme de tous les pesticides) et la mise en place d’une protection de toutes les masses d’eau utilisées pour le captage en eau potable.

Lors des tables rondes du Grenelle de l'Environnement, la préservation à long terme des ressources en eau utilisées pour la distribution d'eau potable a été identifiée comme un objectif particulièrement prioritaire. Une des actions qui a été retenue pour répondre à cet objectif et traduite dans la loi Grenelle 1 est d'assurer la protection de l'aire d'alimentation de 500 captages les plus menacés par les pollutions diffuses d'ici 2012. Ainsi, la loi de mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement prévoit de favoriser l’agriculture biologique sur les aires d’alimentation de captages d’eau potable (33% de la Surface Agricole Utile concernée par les zones de protection des aires d'alimentation des captages devront passer en agriculture biologique d'ici 2020 - source SDAGE Rhin Meuse), car ce mode de production permet de prévenir efficacement les pollutions de l’eau.

            Les ministères en charge du Développement durable, de la Santé et de l'Agriculture ont ainsi publié, sur leur site Internet respectif, une liste de 507 captages parmi les plus menacés par les pollutions diffuses, notamment les nitrates et les produits phytosanitaires, correspondant à 844 ouvrages de prélèvement. Ce sont les captages « Grenelle ».

D’ici 2012, des périmètres de protection doit être mis en place sur toutes les aires d’alimentations de ces captages.

lien internet : La Qualité de l'eau du robinet en Lorraine, 2008, source DRASS Lorraine

 

Qu'est ce qu'un périmètre de protection ?

Pourquoi les zones d'alimentation des captages sont plus vulnérables ?

Les captages Grenelle en Lorraine :

Les pesticides : causes de pollution de la ressource en eau souterraine

L’Agriculture Biologique comme outil de préservation de la ressource en eau :

 

Qu'est ce qu'un périmètre de protection ?

            Les périmètres de protection sont déterminés réglementairement autour des points de prélèvement après une étude hydrogéologique et la constitution d’un dossier technique. Leur établissement officiel s’inscrit dans le cadre d’une procédure de déclaration d’utilité publique (DUP). Les documents qui en résultent sont opposables à un tiers.

            Trois niveaux de périmètre de protection peuvent être mis en place pour chaque captage:

Périmètre de protection immédiate : premier niveau de protection, obligatoire, comprend le terrain directement adjacent au point de captage et a pour objet d’éviter les injections directes de polluants dans les eaux exhaurées. Ce terrain doit être acheté par le propriétaire du captage et doit être entièrement clôturé. Aucune activité n’est tolérée à l’intérieur, à l’exception de celles qui sont liées à la maintenance des ouvrages.

Périmètre de protection rapprochée : zone de protection étendue autour et en amont du point de captage en fonction de la nervosité du système aquifère et des risques liés au contexte socio-économique. Sa taille et sa géométrie peuvent donc varier considérablement selon le cas de figure. Son objectif est de protéger le captage contre les pollutions entraînées par les écoulements souterrains. Les activités humaines potentiellement dangereuses et polluantes pour la ressource y sont réglementées (réglementations particulières d’un niveau plus contraignant que celui de la réglementation générale), voire interdites.

Périmètre de protection éloignée : troisième niveau de protection, non obligatoire. Lorsqu’il est mis en oeuvre, ce périmètre est souvent d’une relativement grande étendue autour et en amont du point de captage. Sa superficie et sa géométrie varient de manière significative d’un captage à l’autre, en fonction des conditions hydrogéologiques, du degré d’urbanisation et de l’existence d’activités polluantes potentielles. Les activités humaines peuvent faire l’objet d’un complément de réglementation selon leur nature et leur distance du point de captage.

A noter que les périmètres éloignés sont les plus efficaces vis à vis de la réduction de la pollution diffuse (Nitrates, phytosanitaires).

Pourquoi les zones d'alimentation des captages sont plus vulnérables ?

                                    

            La zone d'alimentation d'un captage constitue une zone de dépression où l'infiltration des polluants est plus importante. Cette dépression se caractérise par un rabattement de la nappe (cône de rabattement) à proximité du point de prélèvement. L'élimination naturelle de ces polluants dans le sol (adsorption, dégradation biologique par les microorganismes) n'a pas le temps de s'effectuer correctement. Ainsi, les pollutions de toutes sortes (bactériologiques, nitrates, phosphates, pesticides) rejoignent rapidement la nappe.

Les captages Grenelle en Lorraine :

            On dénombre près de 2250 ouvrages d’alimentation en eau potable sur la région Lorraine pour 32 captages « grenelle ». Le bassin hydrographique majoritaire sur cette région est le Bassin Rhin-Meuse.

lien internet : Agence de l'Eau Rhin Meuse : liste des captage grenelle du bassin Rhin Meuse

lien internet : Les captages Grenelle en Meurthe-et-Moselle, source Préfecture Meurthe-et-Moselle

Le cas de la Meuse :

            Le département de la Meuse possède 10 captages « grenelle » : Belleray, Apremont-la-Forêt, Bannoncourt, Montmédy, Dun-sur-Meuse, Baâlon, Bantheville et Marville, Rarécourt et de Lonchamps-sur-Aire.

lien internet : Carte de situation des captages grenelle en Meuse

lien internet : Mission Captage Meuse, source Chambre d'Agriculture de la Meuse

Les pesticides : causes de pollution de la ressource en eau souterraine

            Un pesticide désigné également sous l’appellation de produit « phytosanitaire » voire parfois « phytopharmaceutique » est une substance chimique dont le rôle est d’éradiquer les « ravageurs » (insectes, champignons, adventices) qui peuvent altérer la pousse et la santé de certaines cultures et de plantes. Il existe plusieurs catégories de pesticides. Les herbicides, les insecticides et les fongicides (lutte contre les champignons) sont les substances les plus couramment utilisées dans le monde.

            80 000 tonnes ! c’est la consommation annuelle de pesticides en France. Triste record pour notre beau pays qui se classe directement au 1er rang européen (1/3 de la consommation européenne) et au 4ème rang mondial derrière les Etats-Unis, le Brésil et le Japon.

Mais alors qui consomme ces pesticides en France ?

            90 % de la consommation nationale est liée au monde agricole. Le reste de la consommation est partagée entre les collectivités  (entretien des communes), les gérants de voiries (SNCF, Réseau Ferré de France, gestionnaire d’autoroute…) et les jardiniers amateurs. A lui seul, ce trio est responsable de 25 % de la pollution des milieux naturels par les pesticides !

                                         

Quels impacts sur la santé et sur l’environnement ?

            De récentes études ont démontré que les pesticides ont des impacts négatifs à la fois sur la santé humaine et sur l’environnement en général.

            A travers le monde, les pesticides sont responsables de problèmes d’infertilité et de déficits immunitaires, de perturbation de développement neurologique et serait liés à certains types de cancers. L’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’il y a chaque année dans le monde plus d’1 million de graves empoisonnements par les pesticides pour quelques 200 000 décès !

            De même, la faune et la flore ne sont pas épargnées par les pesticides. Leurs impacts sont d’autant plus grands que certaines substances ne sont pas sélectives !!! Cela signifie que le produit ne va pas seulement agir sur le ravageur visé mais peut également avoir une action sur l’ensemble du vivant : champignons, insectes, plantes, mammifères…avec des conséquences irréversibles.

            Un scientifique a résumé la situation actuelle en une seule phrase : « On estime aujourd’hui qu’entre 1 à 10% des espèces sont éliminées à chaque décennie, soit environ 17 000 chaque année. » E.O. WILSON

            Seulement 0,3% des pesticides épandus sont effectivement actifs sur les « indésirables ». Les 99,7 % restants se retrouvent donc dans l’air, la terre (dégradation biologique) ou l’eau.

            La volatilisation des pesticides est la première cause de transport des molécules et de transfert vers les plantes, les animaux et les hommes. Le transport de ces molécules par l’eau en est la seconde.

            Les herbicides tels que le glyphosate, l’isoproturon, le diuron  et l’atrazine  sont parmi les molécules les plus retrouvées dans nos eaux mais ce sont aussi les plus analysées. En effet, parmi les 3500 molécules pesticides existantes, on ne trouve que ce qu’on cherche ! A noter que les problèmes de synergie (action combinée de plusieurs molécules) et de ‘semi dégradation’ (par exemple, l’isoproturon semi dégradé par co-métabolisme biologique (dégradation partielle par les microorganisme du sol) peut produire du 4-isopropylaniline, 600 fois plus toxique que la molécule mère !!) sont très mal connus et leurs effets nocifs non considérés et négligés.

lien internet : Cartographie du potentiel de contamination par les pesticides en Lorraine, source GRAPPE Lorraine

lien internet : Les pesticides dans l'eau, données 2005, source IFEN

lien internet : Dossier Pesticides, source France Nature Environnement

L’Agriculture Biologique comme outil de préservation de la ressource en eau :

            Aujourd’hui, l’Agriculture Biologique couvre 585 000ha et représente seulement 2% de la Surface Agricole Utile (SAU) en France alors que le Grenelle de l’Environnement prévoit 6% de la SAU en AB d’ici 2012 et 20% d’ici 2020 !!!

            Localement, l’association MIRABEL Lorraine Nature Environnement sensibilise et informe le tout public, directement concerné par la qualité de l’eau potable, à l’intérêt de la mise en place d’Agriculture Biologique sur les aires d’alimentation des captages en eau potable. En effet, le cahier des charges de cette agriculture est celui qui réduit le plus les risques de pollution de l’eau car il repose sur la non utilisation d’engrais chimiques et de pesticides de synthèse. Cette non utilisation est compensée par des pratiques agronomiques simples : des rotations longues et diversifiées qui améliorent la structure et la fertilité du sol, l’implantation de haies et de bandes enherbées ou fleuries qui limitent le ruissellement et favorisent le maintien des auxiliaires de cultures, d’importantes surfaces en herbe…

L'exemple de la ville de Munich :

            La ville de Munich en Allemagne en est l’exemple parfait. Depuis le début du XXème siècle, cette ville achète les terrains sur la zone d’influence des captages pour les reboiser. En 1991, elle lance son programme de promotion de l’AB pour protéger la ressource en eau et accompagne les agriculteurs au niveau technique par le biais des associations locales, au niveau commercial en favorisant l’AB dans la restauration collective et au niveau financier en indemnisant les agriculteurs biologiques à hauteur de 250 €/ha en moyenne. Aujourd’hui, plus de 83% des terres agricoles sont en AB et les résultats sont surprenants en l’espace de 14 ans : les teneurs en nitrates ont baissé de 43 tandis que les teneurs en pesticides ont diminué de 54% !!!

            Ce programme coûte chaque année 750 000 euros à la ville de Munich soit moins d’un centime d’euro par mètre cube d’eau distribuée. A titre de comparaison, le coût de la dépollution de l’eau est estimé en France à 27 centimes d’euro par mètre cube d’eau distribuée. Sur le long terme, Munich réalise donc d’importantes économies en encourageant l’agriculture biologique !

lien internet : Fiche "Agriculture Biologique : outil efficace pour la protection de l'eau", source FNAB            

lien internet : Dossier Agriculture Biologique, source France Nature Environnement  

lien internet : site du Centre de Groupement des Agrobiologistes de Lorraine                         

 

                                    

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