Quelle « sous-trame forestière » en Lorraine ?

 


Quelle « sous-trame forestière » en Lorraine ?

 

 

Importance des milieux forestiers

La trame verte et bleue (TVB) s’organise en plusieurs « sous-trames » correspondant chacune à un grand type de milieu naturel ; par exemple pour la partie « trame verte » : sous-trames des milieux ouverts secs (pelouses), des milieux semi-naturels (vergers, parcs) ou encore des milieux en voie de renaturation (terrils, carrières)….

En Lorraine, la sous-trame forestière est au cœur de la TVB. La forêt couvre en effet plus du tiers de la surface régionale. Notre région se classe d’ailleurs au 5ème rang  national pour le taux de boisement.

Par rapport à d’autres régions françaises, cette forêt est restée relativement peu transformée par l’homme. Malgré l’intensification de la sylviculture (enrésinements, mécanisation, raccourcissement des âges d’exploitabilité…), près des deux tiers des forêts lorraines peuvent être considérées comme « semi-naturelles », c'est-à-dire composées d’essences autochtones, non plantées ni semées : la forêt reste le milieu naturel le moins artificialisé de Lorraine. Sa valeur patrimoniale est évidente : plus de 60% du réseau Natura 2000 lorrain se concentrent en milieu boisé ; outre les espèces strictement forestières, la forêt abrite aussi la majorité des animaux à grand territoire, voire certaines espèces de milieux ouverts, en voie de disparition dans les zones cultivées et pour lesquels elle constitue un ultime refuge.

 

Forêts anciennes…

Les grands massifs forestiers, souvent domaniaux, sont une composante majeure du paysage régional. Ils sont généralement d’origine seigneuriale et l’état boisé y a été maintenu sans discontinuité depuis l’ancien régime. Ces forêts sont dites « anciennes » par opposition aux forêts « récentes » issues du reboisement (artificiel ou spontané) qui a accompagné la déprise agricole au cours des 2 derniers siècles. Elles comptent des espèces que l’on ne retrouve pas dans les forêts récentes, notamment au niveau de la strate herbacée. Beaucoup d’espèces forestières se caractérisent en effet par leur faible pouvoir de dispersion.  Ce critère d’ancienneté mérite donc d’être pris en compte au niveau de la TVB pour identifier les « réservoirs » de biodiversité.  En Lorraine, les forêts anciennes sont heureusement relativement nombreuses et globalement assez peu menacées.  

 

…et forêts âgées

Il n’en va pas de même pour les « vieilles forêts » ou « forêts âgées », c'est-à-dire celles qui portent des peuplements effectivement mâtures ou sénescents. Naturellement, la forêt se régénère suivant un rythme très lent, de l’ordre de 300 ans pour les sapinières, 500 ans pour les chênaies. En forêt gérée, ce cycle forestier est considérablement raccourci, les arbres récoltés dépassant rarement 200 ans. L’intensification actuelle de la sylviculture se traduit par un nouveau raccourcissement des âges d’exploitabilité (- 20% cf. rapport PUECH - 2009). Ce raccourcissement et la chasse aux « gros bois » qui l’accompagne,  risquent de faire rapidement disparaître les derniers lambeaux de forêts âgées dans notre région. 

Conscient du problème, le CSRPN a, dans le cadre de la modernisation en cours des ZNIEFF,  classé les « vieilles forêts » parmi les habitats déterminants de Lorraine. Ces vieilles forêts sont absolument indispensables à la conservation des espèces forestières les plus menacées (grand tétras, chauve-souris, insectes saproxyliques,  lichens, champignons...). Leur intégration à la TVB, sur la base d’une cartographie régionale restant à définir*, est prioritaire.

 


Corridors forestiers et ripisylves 

Les corridors écologiques prévus par la TVB sont destinés à relier entre eux les différents « réservoirs » et permettre les migrations d’espèces. Il en existe de différents types plus ou moins continus ; les arbres en sont souvent un élément majeur.

Au 1er rang des corridors forestiers se trouvent les « ripisylves », c'est-à-dire l’ensemble des formations boisées, arbustives et herbacées bordant naturellement le lit des cours d’eau. Cette « forêt linéaire » est un élément essentiel pour la trame bleue ;  souvent riches en vieux arbres ou bois mort, elle abrite de très nombreuses  espèces : oiseaux pêcheurs ou cavicoles, insectes aquatiques ou xylophages, poissons amateurs de caches entre les racines ou recherchant l’ombrage, mammifères hautement spécialisés comme le castor. Plus largement, les ripisylves assurent aussi d’importantes fonctions d’épuration des eaux, de maintien des berges et de brise-vents.

Si  la formation boisée s’étale sur plus de 30 m de large, on parle de  « forêt alluviale » ou « forêt inondable » ; ces forêts particulières sont rares en Lorraine et mériteraient une protection accrue**.

 

Zones tampons et friches forestières

Pour les associations de protection de l’Environnement, il est également important d’établir des « zones tampons » servant d’intermédiaire entre les « réservoirs » de biodiversité et les « corridors écologiques » prévus par la TVB.

En marge des grands massifs forestiers, la Lorraine compte plus de 10 000 ha de bosquets ou boqueteaux dont certains pourraient avantageusement remplir ce rôle. Les forêts privées de petite taille, nombreuses en Lorraine, restent souvent inexploitées. Ces « friches forestières » constituent des îlots de naturalité (présence d’arbres morts, mélange d’essences spontanées et très diversifiées, abondance des lianes…) à prendre en compte. En 2010, le CSRPN de Lorraine a crée une fiche « forêts spontanées » dans le cadre de la réactualisation en cours de l’inventaire ZNIEFF (fiche ZNLOR2).

Les forêts militaires (plus de 5 500 ha  en Lorraine) présentent en beaucoup d’endroits des caractéristiques similaires. Elles mériteraient certainement d’être aussi intégrées pour partie à la trame forestière.

 

Conclusion

La sous-trame forestière semble un élément essentiel de la future TVB lorraine. Il est important que l’approche qualitative initiée par le CSRPN en 2010 dans le cadre de l’actualisation des ZNIEFF (fiches « vieilles forêts » et « forêts spontanées ») débouche rapidement sur le recensement et la cartographie des forêts lorraines âgées et/ou à forte naturalité.  D’autres régions ont déjà engagé ce travail (Rhône-Alpes). Pour les APNE, il s’agit, dans un contexte global d’intensification de la sylviculture, d’une priorité. Outre la TVB, cette démarche peut appuyer d’autres réflexions territoriales également en cours : Stratégie de création des aires protégées (SCAP), Atlas de la biodiversité communale (ABC), etc….

 

Notes

en Lorraine, MIRABEL-LNE réalise actuellement en partenariat avec la LPO la cartographie des peuplements âgés (+ de120 ans) dans les zones Natura 2000 du massif vosgien.  

 

** MIRABEL-LNE et la LPO proposent notamment la création d’une réserve biologique intégrale en forêt domaniale de Lisle (55), dans le cadre de la certification PEFC. 

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