ULCOS - projet de stockage géologique du CO2

PROJET DE STOCKAGE GEOLOGIQUE DU CO2 INDUSTRIEL

ULCOS- ARCELOR MITTAL

 

Notre communiqué de presse du 04 Avril 2015 : Le gouvernement met définitivement fin au projet de stockage géologique du CO2 ULCOS en Meuse (Lorraine)

 

Historique :

Dans le cadre du projet Ulcos de captage transport et stockage de CO2, ArcelorMittal a déposé en avril 2010 une demande de permis exclusif de recherches de formations souterraines naturelles aptes au stockage géologique de CO2 à destination industrielle pour une durée de cinq ans. Une consultation publique a eu lieu en Juillet 2011

Ce permis a été octroyé le 19 Octobre 2011. Il donne le droit à ARCELOR MITTAL d'effectuer tous travaux de recherches dans un périmètre défini. En revanche, il ne confèrerait pas le droit d’ouvrir des travaux miniers qui devraient faire l’objet de déclaration (forages de 1700 m de profondeur) et d’autorisation spécifiques (tests d'injection puis exploitation) impliquant une étude d’impact et de dangers soumis à enquête publique.


TELECHARGEZ :

Lettre à Mme la Ministre de l'Ecologie du 03 juillet 2012

Le communiqué de presse MIRABEL LNE 05/12/2011

La contribution de MIRABEL LNE à la consultation publique JUILLET 2011

& La notice d’impact d'Avril 2010 du projet ULCOS - ArcelorMittal Géo Lorraine (130 pages - 9Mo)

Rapport INERIS 2010 - risques liés au stockage géologique du CO2


REVUE de PRESSE :

http://www.apequa.org/component/content/article/91

"Enfouir le CO2, une solution à risque", article le Monde 22.11.2012


 

en compléments :

Dossier pédagogique sur le CSC (site du ministère)

Réponse de MIRABEL LNE à la sollicitation d’ARCELOR MITTAL pour l’étude de contexte préalable (AVRIL2010)

Sur le CSC, voir le site FNE

Un lien vers un plaidoyer contre le captage de C02

 

Coupures et articles divers :

Captage et stockage de CO2, accumulation de risques (Actu Environnement 12/04/2010)

Stockage de CO2 : la réglementation française adaptée (Actu Environnement 10/11/2011)


Communiqué de presse FNE - Lundi 16 février

Stockage de CO2/ visite de Jean-Louis Borloo : pourquoi enfouir le problème plutôt que d'en débattre ?

Ce lundi, Jean-Louis Borloo se rend à Claye-Souilly, en Seine-et-Marne, sur le site d’une des plus grandes décharges d’Europe. Il inaugure un projet de stockage souterrain de gaz carbonique. France Nature Environnement et ses associations locales regrettent cette visite.

Jean-Louis Borloo va visiter, au centre d'enfouissement technique Veolia de Claye-Souilly, l'installation biogaz qui fournira le carburant à la future flotte automobile de la ville et le projet pilote de captation, de transport et de séquestration de CO2.

Les associations ont été soigneusement tenues dans l'ignorance de cette visite du ministre, qui aurait pu être symbolique et appréciée. Le lancement de ce projet pilote de captation, de transport et de séquestration de CO2, CSC, est particulièrement regrettable dans une région très impactée par de nombreuses nuisances et sites industriels à risque majeurs.

Christine Gilloire, pilote du Pôle Industrie Produits Services de FNE rappelle : « La fédération s'est positionnée depuis plusieurs mois contre ces projets pernicieux dont le seul but est de permettre aux grandes compagnies industrielles de continuer à maximiser leurs bénéfices, issus notamment des énergies fossiles. Par sa visite, le ministre semble cautionner cette technique qui ne résout en rien les questions liées au dérèglement climatique et consomme au contraire 40 % d’énergie supplémentaire. FNE le déplore. »

Au lieu de continuer de jouer aux apprentis sorciers (amiante, ITER, EPR, ...) et tenter de mettre en oeuvre des techniques dangereuses qui ne font que retarder les échéances d'un changement radical de mode de vie économe en énergie et en matières premières, il est autrement plus urgent de consacrer des financements aux recherches en matière d'énergies renouvelables et en économie d'énergie.

Enfouissement du CO2 et sismicité

Selon l’INERIS, la problématique du stockage géologique du CO2 présente nombre de similitudes avec celle du stockage géologique des déchets radioactifs (1), dont le besoin d’une stabilité géologique des sites potentiels (absence d’activité sismique).

Ce critère est d’autant plus important pour l’enfouissement du CO2, que cette opération peut induire une sismicité, qui fragiliserait l’étanchéité globale du stockage et augmenterait les risques d’éruption massive aux lourdes conséquences sanitaires.

L’INERIS estime que : « l’injection du CO2 peut conduire à un déséquilibre du champ des contraintes mécaniques, principalement à proximité du puits d’injection ; dans un cas extrême, cela peut provoquer l’apparition d’une fracturation - voire même l’activation de failles- qui se manifesterait par l’intermédiaire de secousses sismiques pouvant dégrader la couverture ou l’étanchéité des puits ; les dégâts ainsi occasionnés peuvent atténuer la capacité de confinement du stockage et fragiliser éventuellement les infrastructures de surface. »

Pour mémoire, Total expérimente actuellement l’enfouissement géologique de CO2, dans la zone sismique de Jurançon, à côté de Pau (2).

D. Delestre

Le calendrier pour Ulcos se précise

Extrait Article républicain Lorrain Février 2010 :

2011 sera une année décisive pour le projet Ulcos, de captage stockage sur un des hauts fourneaux d’ArcelorMittal, à Florange.  Ulcos devient désormais un dossier financier éminemment politique. Il réclame un véritable lobbying des politiques, un volontarisme des élus. » Michel Liebgott, député maire PS de Fameck, veut visiblement mobiliser la classe politique autour du projet technologique Ulcos, lequel permettra de réduire de 60 % les émissions de gaz carbonique du P6, un des deux hauts fourneaux d’ArcelorMittal en Lorraine.Il s’exprimait, vendredi, lors d’un échange avec les syndicats de la sidérurgie auquel il a confirmé l’avancement du dossier. Ainsi, ArcelorMittal doit déposer son dossier auprès des pouvoirs publics français ce mercredi 9 février. Ces derniers, après son instruction, le transmettront aux instances européennes à la date du 9 mai prochain. L’UE accordera, ou pas, normalement un an après, son soutien à ce projet très novateur.« Et le court terme ? » A l’instar des autres projets de séquestration de CO 2, le projet Ulcos est dans l’attente de financements plus massifs dans le cadre de programmes européens qui pourraient atteindre jusqu’à 40 % du montant. Devrait s’y ajouter au niveau français une enveloppe issue du programme d’investissements d’avenir et des aides régionales. Le coût total estimé d’Ulcos, selon le député, est de 650 M€. Les syndicats ont aussi insisté sur l’urgence des investissements attendus à Florange pour maintenir les installations en état de marche. «  Les hauts fourneaux ont besoin d’une réfection à court terme. Aujourd’hui, on survit », dit la CGT. «  Certes, Ulcos doit être une bouffée d’oxygène pour la vallée de la Fensch, mais il faudra aussi maintenir les compétences et le savoir-faire », ajoute la CFDT. Sentiment partagé par la CFE/CGC qui estime qu’«  Ulcos est un impératif pour pérenniser la filière liquide à Florange ».En attendant, ArcelorMittal devrait d’ores et déjà sacrifier l’investissement initialement annoncé des 18 moteurs à gaz (55 M€) destinés à brûler les gaz de hauts fourneaux depuis l’arrêt de la centrale de Richemont. A ce jour, un seul moteur fonctionne, mais la technologie de captage de CO 2 permet d’isoler l’oxyde de carbone et de le réinjecter, détournant ainsi une grande partie des gaz. Restera ensuite à réaliser l’acheminement par canalisation du CO 2 vers un site de stockage situé dans le nord meusien. «  Encore faudra-t-il convaincre l’opinion publique de l’intérêt de cette technologie pour réduire les gaz à effet de serre », soulignent les syndicats.

Enterrée la séquestration du carbone ?

Le 27 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg

Sites & Sols, Sites et sols industriels

Le scepticisme ne frappe pas seulement le changement climatique. Des scientifiques critiquent aussi l’efficacité annoncée des technologies capables d’abaisser l’empreinte carbone de l’industrie, à l’instar du captage-stockage de CO2.

Testées depuis 1996, ces technologies ont un but simple : capturer le gaz carbonique des effluents d’installations industrielles imposantes (centrales électriques thermiques, cimenteries, raffineries, etc.) pour l’injecter et le stocker dans des structures géologiques profondes. Le Giec estime, dans son rapport spécial de 2005, que 20 à 40% des émissions mondiales pourraient être ainsi traitées à l’horizon de 2050.

Tout le monde n’est pas de cet avis. Dans un article publié au mois de janvier dans le Journal of Petroleum Science and Engineering, deux géologues texans démontent le discours ambiant sur la séquestration géologique du carbone. Pour Michael et Christine Economides (respectivement de l’université du Texas et de l’université de Houston), les choses sont simples : le sous-sol ne pourra absorber tout le CO2 qu’on lui promet. Pour appuyer son affirmation, le couple de scientifiques met en avant plusieurs arguments. Tout d’abord, les structures géologiques idoines (réservoirs d’hydrocarbures déplétés ou aquifères salins) seraient des milieux étanches et fermés. Dans les anciens réservoirs d’hydrocarbures, les pores des roches mères (où s’accumulent le gaz ou l’huile) sont parfois obstrués par de l’eau, de l’or noir ou du gaz non extraits. « Nos résultats montrent que le CO2 ne peut pas occuper plus de 1% du volume de stockage, voire 100 fois moins », assènent les deux scientifiques.

Milieu étanche et fermé et dont la capacité de stockage est moindre du fait de la présence de résidus d’exploitation ou d’eau, le sous-sol serait donc pratiquement inapte à stocker le gaz carbonique industriel. Pire, cette solution serait dangereuse. Les deux universitaires expliquent, en effet, que le dioxyde de carbone sous pression ne se dissout pas et, du fait de la surpression à laquelle il est soumis, il a plutôt tendance à remonter à la surface. Ce qui pourrait poser quelques problèmes en cas de fuite ou de dysfonctionnement des installations de surface.

Bref, pour ces deux auteurs, la séquestration géologique du carbone est un leurre. A moins d’y consacrer une surface considérable. Pour injecter les émissions d’une centrale au charbon de 500 mégawatts (MW) pendant 30 ans (soit 30 mégatonnes de CO2 au total), les époux Economides estiment qu’il sera nécessaire d’occuper le sous-sol « d’un petit Etat des Etats-Unis ». Si l’on tient compte du fait que plusieurs milliers de sites industriels sont candidats à la séquestration du carbone, c’est du sous-sol de plusieurs planètes dont nous aurons besoin, si les calculs de Michael et de Christine Economides sont exacts.

Ce que contestent nombre de spécialistes. « Leur hypothèse selon laquelle on injecte du CO2 dans un réservoir fermé ne tient pas la route, tempête ainsi Hervé Quinquis, en charge du programme Capture et séquestration du carbone à l’Institut français du pétrole. Cela fait plus d’un siècle que l’on sait qu’un réservoir a des extensions latérales par lesquelles l’eau peut s’échapper. » Un avis partagé par Isabelle Czernichowski-Lauriol. « Un réservoir géologique n’est pas un container fermé. Seule sa couche supérieure devra être imperméable pour empêcher toute remontée du CO2. Le scénario décrit n’est donc pas représentatif des sites de stockage déjà en activité ou en cours d’évaluation », insiste la chef de projet Stockage de CO2 au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Cette objection annihile, en grande partie, l’hypothèse Economides. Car, si un réservoir n’est pas une structure étanche et close, soumise à une surpression intolérable dès lors que l’on y injecte du gaz, ses capacités de stockage se trouvent être considérablement accrues. « De plus, rappelle Hervé Quinquis, leurs chiffres sont faux. Car, même en partant de leur hypothèse extrême, on pourrait tout de même stocker 160 milliards de tonnes de gaz carbonique. »

Isabelle Czernichowski-Lauriol indique aussi qu’en réservoir ouvert, l’augmentation de pression est atténuée. Les sites de stockage seront soumis à des normes strictes pour ne pas dépasser la pression maximale autorisée. « La directive européenne impose de contrôler la pression dans les sites de stockage de CO2. C’est quelque chose que l’on sait faire depuis longtemps. Notamment en injectant le gaz à partir de plusieurs puits et non d’un seul. »

Les experts français soulignent également que le gaz carbonique commence à se dissoudre, même durant la phase d’injection, comme en témoignent les premières opérations-pilotes, ce qui contribue à atténuer l’augmentation de pression. C’est un phénomène qui a été négligé par les auteurs texans.

Discrètement publié, le papier des Economides inquiète pourtant les partisans de la séquestration. Raison pour laquelle des experts, membres du programme européen Zero Emission Platform, envisagent de publier une réponse officielle à l’article du Journal of Petroleum Science and Engineering. Le « séquestro-scepticime » va-t-il connaître le même succès que le « climato-scepticisme » ?

Comment glisser le CO2 sous le tapis

jeudi 21 janvier 2010, par Patrick Piro

Total vient d’inaugurer à Lacq une installation de stockage du gaz carbonique sous terre, pour limiter l’effet de serre. Une filière en plein essor, très critiquée par les écologistes, qui redoutent des fuites massives.

Les activités humaines, essentiellement par la combustion des énergies fossiles – pétrole, gaz, charbon –, expédient chaque année plus de 32 milliards de tonnes de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère. Comment réduire ce flux qui aggrave inexorablement l’effet de serre planétaire ? Une voie évidente et définitive : la sobriété, une meilleure efficacité ou la substitution des fossiles par des énergies vertes. Mais, depuis des années, des industriels s’évertuent à promouvoir une autre piste : le captage du gaz carbonique produit par des installations industrielles pour le stocker à bonne distance de l’atmosphère. La préférence des ingénieurs va actuellement aux couches géologiques profondes, « poubelles à CO2 » actuellement présentées comme les plus sûres.

La filière, à laquelle on prédit une place importante dans les décennies à venir, agite fiévreusement plusieurs équipes dans le monde (Allemagne, Algérie, Danemark, États-Unis, Norvège, etc.). En France, Air liquide, Alstom, ArcelorMittal, EDF, Suez ou Veolia se battent pour développer la meilleure technologie et ­mettre la main sur des marchés potentiels prometteurs. L’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a récemment ouvert une ligne budgétaire de 100 millions d’euros pour financer les recherches dans le domaine. La semaine dernière, le pétrolier Total inaugurait sur le site aquitain de Lacq, principal gisement de gaz naturel du pays, la première installation pilote européenne complète – captage de CO2, transport et stockage souterrain. L’objectif est de démontrer la validité du principe : 120 000 tonnes de CO2 seront stockées pendant deux ans, avant trois ans d’observation.

Le gaz extrait de Lacq contient en mélange d’autres gaz, notamment du CO2. C’est au sortir de l’une de ses usines de production que Total a installé son unité pilote de captage. Au lieu d’être évacué dans l’air, comme d’habitude, le gaz carbonique est concentré par un procédé de combustion, puis comprimé pour être transporté par 27 km de canalisations vers le lieu de stockage. C’est le point le plus critique de l’opération. Une station d’injection va enfouir le CO2 sous pression à 4 500 mètres sous la surface, dans une couche géologique d’où l’on espère qu’il ne s’échappera jamais. Les meilleures candidates sont justement d’anciennes poches de pétrole ou de gaz naturel dont les roches poreuses recélaient de grandes quantités de CO2 lors de leur exploitation. Raisonnement des chercheurs : puisque le gaz carbonique y a résidé pendant des millénaires, on peut supposer qu’il restera piégé de manière durable une fois réinjecté. Dans le cas de Lacq, c’est le champ gazier de Rousse, épuisé, qui a été choisi. Cette couche, vieille de 35 millions d’années, serait fiable au point de n’avoir pas été perturbée par la surrection des Pyrénées, défend Total.

Une pseudo-garantie fumeuse, répliquent des associations écologistes, qui jugent que « glisser le CO2 sous le tapis » comporte des risques bien trop importants. Leurs contestations ont déjà retardé d’un an le lancement de l’expérimentation. Estimant que Total n’a pas apporté depuis de réponses solides à leurs craintes, elles enjoignent aujourd’hui au ministère de l’Écologie, Jean-Louis Borloo, dans une lettre ouverte  [1], de ne pas engager l’État dans la voie du stockage souterrain, «  dangereux, coûteux, inutile, absurde… ».

En effet, l’argumentation des industriels s’apparente fortement au pari de l’industrie nucléaire – qui estime que des déchets dont la ­radio­activité perdurera pendant des millénaires seraient à l’abri dans des couches géologiques très stables. Principal risque avec le CO2 : les fuites. Le projet pilote vise certes à lever les nombreuses incertitudes scientifiques du procédé, afin d’envisager au plus vite une exploitation industrielle. Mais comment démontrer, en quelques années d’expérimentation, que la réinjection du CO2 présentera des garanties similaires au stockage naturel qu’ont assuré jusque-là les gisements d’hydrocarbures avant leur exploitation ? Employée à grande échelle, la technologie préparerait une « bombe CO2 » fatale pour le climat des générations futures si elle ne s’avérait pas fiable.

Par ailleurs, le CO2 est un gaz mortel dès que sa concentration dépasse localement 5 %  [2]. En 1996, des ­milliers de tonnes de CO2 se sont brutalement échappées du fond du lac camerounais de Nyos, tuant près de mille personnes en quelques minutes. Les associations révèlent ainsi que Total n’est jusqu’ici pas parvenue à mettre au point des indicateurs biologiques fiables pour détecter la présence anormale de CO2, et que les sondes sismiques qui doivent surveiller les mouvements du terrain sont actuellement hors service ! Par ailleurs, la couche de Rousse où sera stocké le gaz carbonique se trouve sous le vignoble du Jurançon, dont les exploitants redoutent l’acidification du sol sous l’effet de remontées du CO2 par des microfissures. Les associations s’interrogent aussi sur la responsabilité de l’État. En effet, c’est à lui que reviendra, dans cinq ans à peine, la responsabilité de la maintenance et de la sécurité du site. En effet, Total se désengagera dès 2013 du bassin de Lacq, en fin d’exploitation. Ce sont alors des fonds publics qui devront assurer, de manière pérenne, les « risques énormes » hérités du pilote installé par le pétrolier…

Notes

[1] Signée par les Amis de la Terre, Aquitaine alternatives, ASE bassin de Lacq, Cler, Coteaux de Jurançon environnement, FNE, Sepanso, RAC-France. Voir le site http://www.fne.asso.fr

[2] La concentration atmosphérique est actuellement cent fois inférieure au niveau létal.

Les non-sens du stockage

Le site de Rousse stockera « l’équivalent des émissions de 40 000 voitures », explique Total. Image tendancieuse… Le captage et le stockage du CO2 (CSC) sont des technologies très lourdes et coûteuses, d’aucun intérêt pour les véhicules ou les bâtiments, minuscules émetteurs individuels bien trop dispersés. Le CSC est destiné à quelque 7 000 grands établissements industriels dans le monde. Et surtout des centrales électriques à combustibles fossiles, où le charbon domine fortement (notamment dans les grands pays émergents) : elles comptent pour le tiers du CO2 émis par les activités humaines ! Malgré les inquiétudes que suscite cette technologie, plusieurs scénarios estiment qu’elle pourrait contribuer, d’ici à 2050, à environ 15 % de l’effort total nécessaire à la stabilisation du climat. Pour les écologistes, c’est au détriment des efforts de réduction des émissions stricto sensu. Principal soutien du CSC : l’industrie charbonnière, bien sûr. Et de nombreux industriels, comme Total : Valérie Létard, secrétaire d’État aux technologies vertes, le soulignait lors de l’inauguration du site pilote de Total, « le marché représente potentiellement 600 milliards d’euros dans le monde à l’horizon 2030 » ! Pourtant, les risques de la technologie résident aussi dans son faible intérêt économique actuel : une unité de CSC peut ponctionner jusqu’à 40 % de l’énergie produite par une centrale à charbon, dégradant fortement son rendement total, ce qui poussera à multiplier les nouvelles centrales. On est proche du non-sens écologique, mais aussi économique : le traitement du CO2 par CSC coûte aujourd’hui près de 100 euros la tonne, encore trois fois trop pour atteindre la rentabilité (en 2030). Rien n’indique que ce retard pourra être comblé. En attendant, les charbonniers tirent des plans sur la comète…

P. P.

Paris, le 8 janvier 2010

Stockage souterrain de CO2 : Lettre ouverte à Monsieur Jean-Louis Borloo, Ministre d’Etat

Monsieur le ministre d’Etat, Total vous a invité à inaugurer le site pilote de stockage souterrain de Jurançon le 11 janvier prochain. Les associations signataires de la présente vous demandent instamment de ne cautionner en aucune manière cette manifestation, que ce soit par votre présence ou celle de votre secrétaire d’Etat.

En effet, nos associations s’opposent depuis plus d’un an à la réalisation de ce projet dangereux, coûteux, inutile et qui engagera la responsabilité de l’Etat et les finances publiques sur le long terme. Nos arguments contre ce projet n’ont pas varié depuis des mois, et nos démonstrations lors des réunions de la CLIS ont largement déstabilisé l’arrogance initiale de Total. Mais surtout, on constate depuis quelques mois que le vent tourne pour la technique même du CSC : le rapport parlementaire Bataille a demandé un rééquilibrage des politiques publiques de recherche sur cette technique. La presse, y compris scientifique, se fait écho des très grandes incertitudes, des risques et de l’inutilité publique de cette technique (voir article Sciences et Vie). L’INERIS (contrairement au BRGM qui est partie prenante et vend ses services sur le CSC) demande que l’on étudie de façon plus approfondie les risques de la technique avant toute mise en œuvre.

Il apparaît donc nettement aujourd’hui que cette technique, comme le dénoncent depuis des mois les associations, ne constitue pas une solution aux enjeux climatiques, mais représente un simple greenwashing de l’image de quelques sociétés pétrolières qui tentent désespérément de faire oublier leur passif environnemental et social.

Le projet de Total apparaît comme la caricature de cette démarche.

Il constitue d’abord une nouvelle source de risques pour les riverains du projet : le CO2 est mortel à 5% de concentration dans l’air, et est absolument indétectable et inodore. Total n’a pas réussi à identifier des bio-indicateurs qui pourraient révéler une fuite de ce gaz stocké. L’exercice de sécurité organisé en novembre a été un fiasco total. En outre, les sondes sismiques de fond du puits sensées avertir en cas de mouvements de terrain sont aujourd’hui hors service, avant même le démarrage de l’injection. Et dernier avatar, le compresseur de l’usine de Lacq est en panne depuis la fin décembre 2009. Total essaie de le réparer, en urgence et avec les moyens du bord, sans l’aide du constructeur (autrichien), pour avoir quelque chose à vous montrer le 11 janvier (et en mettant peut-être votre propre sécurité en danger).

Or ce que Total ne vous montrera pas, le 11 janvier, c’est le site d’injection du CO2, qui ne se trouve pas à Lacq, mais à Jurançon, sous les fameux vignobles qui risquent, à long terme, une acidification des terrains liée à des remontées du CO2 par les micro-fissures des terrains. Ce que Total ne vous montrera pas, ce sont les riverains qui s’opposent à ce projet, qui ont multiplié les réunions publiques, qui ont participé à la CLIS pour se faire entendre, et qui ont déposé un recours devant le Tribunal administratif de Pau.

Nous vous demandons donc, monsieur le ministre, d’entendre nos arguments et de ne pas venir cautionner un projet absurde qui engage la responsabilité de l’Etat à long terme. En effet, vous n’ignorez pas que l’arrêté préfectoral transfère à l’Etat la responsabilité de la maintenance et de la sécurité du site et des puits au bout de 5 ans seulement. C’est alors sur fonds publics que la sécurité des riverains devra être assurée, alors que Total se désengagera du site industriel de Lacq dés 2013, en transférant ses installations à des sociétés ad hoc (SOBEGI, par exemple) qui n’ont absolument pas la capacité financière de faire face aux risques énormes générés.

Restant à votre disposition pour tout rendez-vous ou toute information complémentaire que vous pourriez souhaiter, les associations signataires vous souhaitent, monsieur le ministre d’Etat, une heureuse année 2010 qui soit marquée par une réorientation de l’économie française vers un développement réellement durable, partagé et socialement acceptable.

Liste des signataires :

ASE- Association Santé-Environnement Bassin de Lacq CJE - Coteaux de Jurançon Environnement SEPANSO-Béarn Fédération SEPANSO FNE -France Nature Environnement Les Amis de la Terre RAC - Réseau Action Climat CLER - Comité de Liaison des Energies Renouvelables Aquitaine Alternatives

Contact : Marie-Laure Lambert : 06-78-83-63-74

 

Thématique environnementale: