Des (vieilles) forêts pour le Grand Tétras



Des (vieilles) forêts pour le Grand Tétras

 

Une espèce emblématique :

Le coq de bruyère (ou grand tétras) est le plus gros oiseau  sédentaire de Lorraine.  Depuis longtemps, il  fait l’objet d’un suivi spécifique sur le Massif Vosgien. Aujourd’hui, il ne resterait plus qu’environ 50 coqs sur l’ensemble du massif et l’espèce a perdu près de 80% de ses effectifs au cours des trois dernières décennies. Depuis 2005, elle est considérée comme éteinte en Moselle et Meurthe-et-Moselle et seules, des poules erratiques sont encore observées dans les Vosges moyennes. Les dernières populations permanentes du Massif sont concentrées dans le sud-est du département des Vosges.

 

Le projet  Life+ « Tétras Vosges », opération de la dernière chance ?

Ce projet d’une ampleur sans précédent intervient 10 ans après la tempête Lothar. Il est porté par le Conseil Régional de Lorraine (coordonateur) en partenariat avec la Région Alsace, le Parc Naturel des Ballons, le Groupe Tétras Vosges et des services de l’Etat. En 2008, l’Europe l’a retenu parmi les 80 projets (sur 227 présentés) cofinancés à 50% par l’Union. Avec ses actions multiples étalées sur 4 ans (2010/2013), le programme « Tétras Vosges » dépasse les 2.7 millions d’euros. L’objectif est de « créer un choc » capable d’inverser la tendance sur le terrain.  Une part significative du plan est d’ailleurs consacrée  à l’information (guide sylvicole, marteloscope, valise et sentier pédagogiques…) et à la communication (étude ethnosociologique, colloques, site web…). Mais l‘objectif essentiel du projet vise à améliorer l’habitat (qualité et quiétude) à grande échelle, c'est-à-dire sur l’ensemble des  zones de protection spéciales (ZPS) du Parc des Ballons.

 

Des vieilles forêts pour le grand coq :

Le grand tétras habite les forêts âgées. Les stades de forêts jeunes lui sont globalement défavorables, en raison d’un couvert trop épais et de leur fermeture très rapide (myrtille et strate herbacée  absentes).  Dans les Vosges, il est démontré que les peuplements âgés de plus de 120 ans situés en crête ou plateaux sont significativement les plus recherchés par l’espèce (ONCFS-1999). La disparition des forêts âgées liée à l’intensification de la sylviculture est probablement la principale cause de régression du coq de bruyère.  




 Suivi des peuplements âgés dans une forêt à Grand Tétras :

Cas de la réserve biologique domaniale de Rambervillers-Autrey (88)

 

 

Pour garantir un habitat à l’espèce, le programme  Life+ « Tétras Vosges » prévoit d’établir des conventions avec les propriétaires (communes ou privés) souhaitant repousser l’âge d’exploitabilité en limitant pendant 30 ans l’exploitation des gros ou très gros bois. Une indemnisation sera versée aux propriétaires s’engageant dans cette démarche, d’un montant égal à la perte assumée par ceux-ci. Une centaine d’îlots de vieillissement, totalisant  500 ha, sont ainsi prévus en Lorraine. Des îlots comparables (dits  « de sénescence ») sont prévus par l’Etat dans les forêts domaniales.  

 

L’engagement de MIRABEL-LNE :

 

Il n’est pas certain que tous ces îlots suffiront à compenser le rajeunissement des forêts appliqué sur le reste de l’aire  de présence. Pour les associations de protection de la Nature, un suivi global de l’ « effort de vieillissement »  est nécessaire sur l’ensemble du réseau Natura 2000. Dans le cadre de la certification forestière PEFC, MIRABEL-LNE a engagé depuis 2007 la cartographie systématique, des peuplements âgés  de plus de 120 ans sur l’ensemble des ZPS « Tétras » lorraines (27 000 ha). Un tel suivi, réalisé au fur et à mesure de la révision des plans de gestion forestiers, est indispensable pour juger de l’évolution des habitats à moyen terme. Rappelons que le maintien des vieilles forêts ne profite pas qu’au seul Grand Tétras mais aussi à beaucoup d’autres espèces protégées (pics, chouettes, chauves-souris…).