Interrogations de MIRABEL-LNE sur les suites du programme life+ « des forêts pour le Grand Tétras» dans le massif vosgien

Interrogations de MIRABEL-LNE sur les suites du programme life+ «  des forêts pour le Grand Tétras»  dans le massif vosgien

 

Un programme d’envergure, cofinancé par l’Europe

De 2010 à 2013, un programme européen  « life+ »  a financé une série de 21 actions destinées à mieux protéger le grand tétras et ses habitats sur le sud du massif vosgien. Ce programme  d’envergure, piloté par la région Lorraine, aura permis des avancées notoires sur l’ensemble des aspects  liés à la problématique « grand tétras » : sylviculture, quiétude, génétique, pédagogie, sociologie…

Outre l’Union Européenne, l’Etat (Commissariat à l’aménagement du Massif des Vosges, Ministère de l’Environnement) et les Régions Lorraine et Alsace ont contribué au financement des différentes actions.  En tant que fédération d’associations de protection de la nature et de l’environnement (APNE),  Mirabel-LNE a été associée au comité de pilotage du programme par le Conseil régional de Lorraine.

Quel suivi pour les habitats ?

A long terme, l’évolution des effectifs d’une espèce comme le grand tétras est principalement liée à la qualité de ses habitats. C’est la raison pour laquelle l’une des priorités du programme life+ a été d’élaborer un « guide pour une sylviculture  tétras » (GST). Abondamment illustré, ce document d’une centaine de pages a été largement diffusé auprès des sylviculteurs vosgiens, publics ou privés. 

Ce guide fait la promotion d’une gestion en futaie irrégulière, ce qui va dans le sens des souhaits des APNE. Toutefois, il reste très productiviste et autorise implicitement un nouveau rajeunissement de la sapinière. Orientation qui, on le sait depuis longtemps, est fondamentalement défavorable au coq de bruyère dans les Vosges (1) et prend le contre-pied des engagements antérieurs pris par l’ONF (2).  En zone prioritaire, le diamètre d’exploitabilité du sapin est ainsi ramené à 60/65 cm, alors que la classe des « très gros bois » commence à 70 cm. Par ailleurs,  la place des feuillus (hêtre, sorbiers bouleaux…) se trouve réduite par rapport à ce que prévoyait la directive tétras ONF de 1991 et  l’épicéa est de nouveau favorisé dans les zones à coqs, y compris par plantation.   




Le guide de sylviculture issu du life + permet implicitement de réduire le nombre des « très gros bois » présent dans certaines forêts vosgiennes

 Photo : réserve biologique de Haute-Meurthe, dans la zone protégée par arrêté préfectoral de protection de biotope





Consciente de ses ambiguïtés, Mirabel-LNE n’a pas validé le GST.  Dans le cadre « post-life », les principaux financeurs (Parc naturel régional des Ballons des Vosges - PNRBV, DREAL, Fonds National d’Aménagement et de développement du Territoire - FNADT) ont prévu d’évaluer la portée du guide grâce à un réseau de placettes permanentes.  Mirabel-LNE est tout à fait  favorable à un tel outil qui peut permettre un suivi objectif  de la forêt vosgienne, bien au-delà du seul enjeu « grand tétras ». 

 Las !  Les 450 placettes proposées par l’ONF ne sont en rien représentatives de l’aire d’application du GST. Ce réseau n’est pas non plus représentatif des territoires du PNRBV ou des zones Natura 2000. Interrogé, l’ONF répond qu’il ne vérifie pas l’application du guide, mais seulement « la pertinence de certaines de ses prescriptions », ….sans préciser lesquelles. En 2016, Mirabel-LNE  a adressé un courrier à l’Observatoire des Galliformes de montagne (ONCFS) et au Groupe Tétras Vosges (GTV) pour savoir s’ils avaient validé le protocole d’échantillonnage de l’ONF : silence embarrassé des experts…

 Mirabel-LNE estime que ce réseau de placettes est inadapté et représente un vrai gâchis d'argent public (le coût du projet ONF est évalué à plus de 200 000 euros). Compte tenu de la durée de l’investissement (au minimum jusqu’en 2029) et de la nature de son financement, une intervention auprès de la Commission européenne n’est pas exclue pour Mirabel-LNE et FNE Grand Est.





Le protocole d’échantillonnage retenu par l’ONF pour installer  450 placettes permanentes ne permettra pas de suivre l’évolution de la qualité des habitats « tétras » sur le massif vosgien.




L’apport de l’étude génétique ?

L’une des actions phare du programme  life +  a été  le lancement d’une étude génétique des sous-populations de grand tétras du sud des Vosges. Avec un budget de plus de 50 000 €, il s’agit d’une première sur le massif (3). L ‘objectif de l’étude est notamment d’estimer, à partir d’échantillons prélevés sur le terrain (crottes, plumes) et sur des bases statistiques significatives, l’effectif présent et la dynamique de l’espèce (sous-populations « sources » et « puits »). En 2013, Mirabel-LNE a contribué directement à cette action en fournissant les plumes ramassées lors de l’étude « très gros bois et perches ».

Initialement prévue pour  3 ans (2011/2013), l’étude génétique s’est trouvée élargie à l’ensemble du massif et prolongée jusqu’à 2015 grâce à des financements Natura 2000. Les premiers résultats publiés en 2013 ont été revus à la baisse par le GTV.  A l’heure actuelle, les résultats définitifs ne sont pas encore connus.

 L’évolution des effectifs du coq de bruyère sert d’ « indicateur de résultats » pour les programmes financés par le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fond social européen (FSE) du massif vosgien (axe 9), ainsi que pour la charte du PNRBV. C’est d’ailleurs le seul  indicateur de cette charte qui se rapporte à la biodiversité. Il est donc important de disposer de chiffres stabilisés et fiables.

 

Un sentier de découverte dédié ?  

En complément du GST et des nombreuses animations pédagogiques effectuées entre 2011 et 2013, le programme life+ prévoyait la réalisation d’un sentier de découverte des écosystèmes forestiers (action D2). 

Ce sentier n’a pas pu pour l’instant être mis en œuvre. Un temps  prévu sur le territoire de St-Dié-des-Vosges, il n’a pas été possible de trouver un site vraiment satisfaisant sur cette commune, c'est-à-dire suffisamment représentatif des habitats et permettant une visite par de nombreux visiteurs sans créer de dérangements supplémentaires pour l’espèce.

Mirabel-LNE souhaite que cette action importante du programme life + ne soit pas abandonnée. Pour cela, la fédération est prête à apporter des propositions concrètes à la Région, opératrice du projet. 




Un sentier pédagogique « Grand Tétras »  reste à finaliser, quelque part dans le massif vosgien.  





En guise de conclusion :

 Aujourd’hui, l’essentiel des actions engagées par le  programme life+ se poursuit dans le cadre de la déclinaison régionale de la « Stratégie nationale grand Tétras » (SNGT), document à l’élaboration duquel les APNE ont par ailleurs activement participé. 

Depuis 2015, le PNRBV est officiellement en charge du pilotage de cette déclinaison régionale, pour le compte de l’Etat et en synergie avec le Massif du Jura. Le Parc dispose pour cela de moyens dédiés et de financements importants. Mirabel-LNE et Alsace Nature souhaitent que les actions life + non encore finalisées puissent l’être rapidement et être associés à la gouvernance des actions en cours ou à venir, dans le cadre de la SNGT et de sa déclinaison locale.  Le cas échéant, des contributions propres pourront être proposées par les APNE, nouvellement regroupées au sein de la confédération  FNE Grand Est.

 



Notes :

(1)    MENONI et al. 1999 – “Distribution of capercaillie in relation to age and species composition of forest stands in the Vosges”.

(2)    ONF-Vosges 1999 - Plaquette « Aller vers un grand âge d’exploitabilité »

(3)    En 1999, une 1ère étude génétique,  financée par l’Etat (DIREN Alsace 2002), avait été réalisée pour l’ensemble des sous-populations vosgiennes de coq de bruyère.  

 

 

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