Incendie de Lubrizol à Rouen

L’usine de Lubrizol est spécialisée dans les additifs pour lubrifiants et carburants, des activités la soumettant à la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement de type Seveso seuil haut, classification la plus haute en termes de dangerosité de l’installation en raison de produits utilisés. Localisée à Rouen en bord de Seine, elle a connu ce jeudi 26 septembre un important incendie d’une partie de ses installations, de 2h du matin jusqu’à 20h.

La Fédération Lorraine Nature Environnement est émue par le drame humain, sanitaire et environnemental de la Normandie : la fumée issue de la combustion des produits chimiques aurait atteint 22 km de longueur sur 6 km de largeur, et de nombreuses traces d’hydrocarbures seraient présentes dans la Seine et dans la ville de Rouen. Une telle pollution ne peut que causer des dégâts, immédiats ou à plus long terme. En première ligne sont les sapeurs-pompiers, qui tentent de maîtriser l’incendie. Ces derniers risquent leur santé, voire leur vie, pour maîtriser l’incendie. Puis viennent les Rouennais, qui se sont vus calfeutrés chez eux pendant des heures sous les sirènes de la ville, pendant que les fumées s’imprégnaient dans leurs habitats, leurs voitures, leurs jardins. Que penser également des conséquences environnementales à plus long terme : quelle agriculture, quelle état des cours et nappes d’eau, quelle qualité de l’air ?

Or, force est de constater que l’affaire semble déjà minimisée par le gouvernement. Aucune substance n’est précisément citée, mais l’on affirme avec force « qu’il n’y a pas de toxicité aigüe ». La préfecture se veut rassurante et incite les populations à reprendre le cours de leurs vies. Un collectif d’associations appelle à manifester le mardi 1er octobre pour demander une véritable transparence sur les émissions de polluants.

A l’aulne de ce nouvel accident, nous ne pouvons que déplorer l’absence de maîtrise du risque industriel. Cet élément est pourtant promis par tous lors des enquêtes publiques et autres études d’impact, chaque industriel démontrant avec force qu’il contrôle tous les rouages de son installation. Ce point est systématiquement évoqué par les associations de protection de l’environnement dans les commissions de type CODERST (Commission Départementale des Risques Sanitaires et Technologiques). De telles installations sont néanmoins autorisées, par l’Etat, à proximité d’habitations, de cours d’eau, de voies de chemins de fer… On pourrait escompter un contrôle régulier et efficace des services d’inspection de l’Etat, mais le nombre d’inspecteurs est insuffisant pour assurer un réel suivi de toutes les installations.

La Lorraine n’est pas épargnée. 18 installations y sont soumises à la réglementation Seveso seuil haut, dont près de la moitié en Moselle, sans compter toutes les autres, soumises à autorisation, enregistrement ou déclaration, dont certaines frôlent cette réglementation Seveso. A plusieurs reprises, LNE a fait condamner des industriels négligents (voire pollueurs) qui n’assuraient pas une mise en sécurité suffisante de leur site et y faisaient courir un risque sérieux et réel d’accident. Et pourtant, les projets inutiles, imposés et destructeurs continuent d’être autorisés et de voir le jour en dépit du bon sens et de la protection des populations. Dans cette situation, que penser de l’enfouissement de déchets radioactifs pour des milliers d’années à Bure ?

Et au regard de la faiblesse de la couverture médiatique de l’événement, il est ironique, et inquiétant, de constater que les regards se portent ailleurs pendant que l’usine brûle…

Lorraine